L’homme sur sa moto

27 10 2005

10h30′14”: à Hendaye, au bord de la mer, un homme tente de démarrer sa moto. Assis sur sa machine, l’homme s’active sur la pédale, il se dresse, s’obstine, inconscient de la caméra qui le filme.
10h30′43”: la séquence se fige.
Trente secondes, diffusées en boucle.
Trente secondes d’un effort, dont on ne sait pas s’il a été vain.
11h00′14”: la moto n’est plus là; l’issue n’est plus incertaine.



Merci Bernard

25 10 2005

Journal télévisé, 13h30, France 2; Bernard Pivot, journaliste et juré à l’Académie Goncourt, a rejoint le plateau d’Elise Lucet. Résumé dialogué de la scène.

Elise Lucet annonce, les yeux rieurs: “Bernard, vous sortez tout juste des délibérations, vous allez nous révéler, en exclusivité pour les téléspectateurs de France2, quels sont les quatre finalistes.
Bernard Pivot, qui hoche de la tête depuis quelques secondes déjà: - Oui, le carré d’as, le dernier carré, les quatre livres entre lesquels nous choisirons, donc le jeudi 3 novembre, le lauréat du prix Goncourt. Alors, je vous les présente, par ordre alphabétique…
Elise, ironique: - Dites-nous!
Bernard, concentré, à son affaire: -Falaises, d’Olivier Adam, aux éditions de l’Oliver; La possibilité d’une île de Michel Houellebecq, aux éditions Fayard…
Elise, l’air entendu: - Ca, c’est pas vraiment une surprise, hein?
Bernard, imperturbable: - Fuir, de Jean-Philippe Toussaint, aux éditions de Minuit et, enfin, Trois jours chez ma mère, de François Weyergans, aux éditions Grasset. Voilà.
Elise, très au courant: - Un livre que l’on attendait depuis des années…
Bernard: - Oui, voilà, oui, voilà les quatre et je pense, c’est une bonne sélection.
Elise, inquisitrice: - Alors, racontez-nous comment ça s’est passé ce matin?
Bernard, embarrasé: - Non, chacun a dit… certains ont dit pour quel livre ils allaient voter, d’autre pas, mais c’est comme ça, chacun est tout à fait libre de donner ses préférences ou de les taire, et puis après on vote, et c’est comme ça qu’on…
Elise, insistante: - Vous discutez un petit peu entre vous ou chacun arrive avec sa liste et, euh…
Bernard, les yeux au ciel: - Eh bien oui, on discute un peu, mais… mais, moi, par exemple, j’ai dit franchement pour qui j’allais voter, d’autres sont un peu plus réticents, c’est… voilà, chacun a son caractère, et puis après on vote, mais tout cela se fait dans la bonne humeur, bien entendu.
Elise, reconnaissante: - Alors, Bernard, merci de nous avoir révélé en exclusivité le nom du carré d’as, comme vous dites, mais dans vos discussions, est-ce que vous sentez une préférence pour l’un des livres?
Bernard, étrangement, acquiesce depuis un instant, il attendait cette question: - Alors, très franchement, là, euh, je suis tout jeune à l’Académie, donc je n’ai pas l’habitude de la stratégie, mais franchement je ne sais pas qui peut, parmi ces quatre ouvrages, obtenir le prix Goncourt. Franchement, je ne le sais pas, si…
Elise, sceptique: - Ca veut dire que le suspens est total?
Bernard, innocent: - Ah, ben oui, pour moi, il l’est totalement. Alors, p’têt qu’il y a des vieux grognards de l’Académie Goncourt qui ont déjà une petite idée, moi, franchement, je n’en ai pas!
Elise, très doctement: - Bon, on va en tout cas lire les quatre livres avant le 3 novembre, promis, on sera aussi juré, comme ça, chez nous, du prix Goncourt; vous restez avec nous Bernard, je sais que vous êtes grand fan de foot, vous devez sûrement vous intéresser sûrement au rugby…
Bernard, approuve: - Bien sûr!”
Elise Lucet poursuit son journal, sur les nouvelles sportives.

Notons au passage: elle branche Bernard Pivot sur le foot, alors qu’elle veut lui parler de rugby. On reconnaît les professionnels.