Cohérence mythologique

30 11 2005

Il faut que les choses soient claires, que le monde réponde tout de même à un minimum d’ordre et de cohérence, en particulier en ce qui concerne le domaine des divinités intermédiaires, celles qui hantent notre calendrier de leur présence bienveillante et rassurante. Et ceux qui, comme votre serviteur, ont des enfants doivent veiller à fournir une image cohérente et claire du monde. Et là, en période de saint-Nicolas, les choses se compliquent, la cosmologie est en crise, n’ayons pas peur des mots: comment expliquer à mes deux têtes blondes (bon, une tête blonde et une tête châtain foncé) que saint-Nicolas se trouve, en l’espace d’une semaine, à la fois (et simultanément) dans le hall d’une grande surface, dans les crèches, dans les rues de la ville, dans les bus et à la télévision. Alors, papa a décidé, cette année, d’appliquer le principe d’économie, le rasoir d’Ockham, il a décidé de ne pas multiplier les entités inutiles et d’opter pour un modèle cosmologique simple: saint-Nicolas, le seul, le vrai, est le saint barbu qui nous fait l’honneur de son auguste présence dans les rues de Fribourg (ville dont il est le saint-patron) le samedi précédent le 6 décembre, défilant le soir, sur son âne (ou est-ce un mulet?), pour ensuite prononcer un discours du sommet du clocher de la cathédrale, pour finalement disparaître dans un nuage de fumée, en attendant de réapparaître l’année prochaine (mais où réside-t-il dans l’intervalle? bonne question, dans une île du pacifique, non, dans les cieux, bien sûr, dans les cieux, comment expliquer l’idée d’une résidence céleste à mes enfants, sans toutefois renoncer à mes principes empiristes et rationnels?). Les autres, ces hommes habillés en rouge ou en blanc et qui se font passer pour saint-Nicolas, ne sont que des imposteurs, payés pour faire plaisir aux enfants crédules. C’est pourquoi, nous allons cruellement renoncer à faire participer nos enfants aux sous-manifestations qui se déroulent habituellement dans les grandes surfaces ou ailleurs, lors desquelles on peut se faire prendre en photo avec saint-Nicolas (soit-disant) et, si on est sage, on peut recevoir un paquet de cacahuètes.
Voilà, c’est la cosmologie, la mythologie officielle mise en place pour répondre à toutes les questions et prévenir toutes les crises métaphysiques qui pourraient surgir si mes enfants se prenaient à réfléchir à l’omniprésence de saint-Nicolas en cette période. Bien entendu, je n’ai pas supposé l’espace d’un instant que mes enfants pourraient ne pas se poser de telles questions, que leur cosmologie intuitive s’accomoderait très bien du don d’ubiquité de saint-Nicolas.
Vous les prenez pour qui?


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