Simplicité intérieure

13 10 2007

La citation du jour est due à Paul Veyne, historien de l’antiquité et professeur honoraire au Collège de France, qui, dans un entretien de 1999 repris dans l’ouvrage Sexe et pouvoir à Rome (Paris, 2007, p. 42) dit la chose suivante:

Est-ce, aujourd’hui, l’Occident doit encore quelque chose à Rome?

Rien! Parce qu’il y a eu la révolution chrétienne, cette radicale transformation du moi apportée par le christianisme. Il y a une espèce de naïveté dans la civilisation antique, ils sont très peu psychologues, ils ont une intériorité simplette. La mort n’est rien parce que si on est vivant on n’est pas mort et si on est mort on ne sait pas qu’on est mort… Si peu de sens psychologique. Saint Augustin nous en apprend, d’un seul coup, dix fois plus sur le coeur humain - l’ambivalence des sentiments, la culpabilité, toutes ces choses louches… Les Romains n’ont aucun sens de l’analyse intérieure, ils ont des idées sommaires sur les comportements. Le Stoïcisme est un dogmatisme peu subtil.

Il y a beaucoup à dire au sujet de cette description de la psychologie antique. D’un point de vue interprétatif, il s’agit soit de comprendre ce qui est dit d’une façon littérale, soit de postuler une ironie dans cette description, qui dirait alors exactement l’inverse de ce qu’elle semble dire.

Dans le premier cas, l’affirmation prise telle quelle est d’une rare brutalité: même s’il est historiquement vrai que le christianisme modifie le discours sur l’intériorité, il y a de nombreuses preuves textuelles qui indiquent que les auteurs antiques et préchrétiens, ont été très préoccupés par la vie intérieure, du scito te ipsum socratique aux aphorismes de Marc Aurèle, en passant par Ovide (et j’en passe). On ne peut accuser Paul Veyne d’un parti pris idéologique qui lui ferait surestimer le rôle du christianisme dans cette affaire, lui qui fût membre du parti communiste dans ses jeunes années. Si certains antiques n’avaient été angoissés face à la mort, il aurait été inutile de démontrer qu’il ne faut pas craindre la mort. Et Saint Augustin, si riche dans ses descriptions des mouvements du coeur humain, ne tombe pas du ciel et trouve son inspiration dans un contexte littéraire et philosophique qui le précédait et qui n’était pas complètement et exclusivement déterminé par le christianisme.
Dans le deuxième cas de figure, une interprétation ironique, un deuxième degré, est donc à privilégier: de quoi l’occident est-il redevable au monde antique? réponse: d’une intériorité complexe, d’une psychologie subtile, très éloignée de la culpabilité intérieure («toutes ces choses louches», comme le dit Paul Veyne) introduite par le christianisme. Mais j’ai beau chercher, je ne détecte pas d’indicateurs clairs et fiables qui indiquent une quelconque ironie et autorisent une telle interprétation de cet extrait. Ces indicateurs ont-ils disparus lors de la transcription du dialogue, du passage de l’oralité à l’écrit? Malgré toutes les précautions, cela reste toujours possible.
Face à cette ambiguïté, j’ai de la réticence à comprendre ce qui est dit tel quel, car je ne n’éprouve aucune satisfaction à constater qu’un historien si reconnu et si respecté puisse énoncer une telle énormité.



Allez, donne-moi le ballon

9 10 2007

Trois petites séquences qui me font bien rire: il s’agit de séquences promotionnelles en marge de la coupe du monde de rugby, qui mettent en scène l’excellent Serge Simon, ancien joueur de rugby, devenu consultant pour la presse écrite et la télévision, et que l’on peut également retrouver sur son blog. Sans connaître particulièrement le rugby (et, pour tout avouer, j’ignorais tout de Serge Simon il y a encore quelques semaines), j’ai un plaisir sans limites à l’entendre parler du ballon ovale, tant ses remarques sont précises, intelligentes et souvent ironiques. Il arrive parfois que les gens qui parlent très bien d’un sport (ou de tout autre chose, d’ailleurs) donnent l’envie de prendre le temps de s’y intéresser un peu plus. Bref, voici ces trois séquences que je me passe en boucle (je prends un risque en avouant cette fixette momentanée, qui ne fait peut-être rire que moi):




Wojtek Siudmak

5 10 2007

tableau

Dans l’humeur du moment, un tableau de Wojtek Siudmak (via Monster Brains).



Massa et Kubica sont sur un bateau

3 10 2007

Un duel magnifique, sous la pluie et dans le dernier tour du grand prix du Japon 2007; quelques coups de roues, des sorties de piste, un sport de gentlemen, en somme.



San Fermín, virtuellement

9 07 2007

Des outils innovants, perfectionnés et performants offrent souvent des possibilités nouvelles, qui permettent, de façon collatérale et inattendue, d’assouvir des besoins qui paraissent très secondaires et vains par rapport aux moyens mis en oeuvre. Rien n’est plus vrai en cette période de fêtes de San Fermín, puisque l’amateur éclairé trouvera dans Second Life quelques accessoires pour participer virtuellement à cette semaine festive qui se déroule chaque année à Pampelune.
Soyons clairs: je n’aime guère la corrida, qui me semble très cruelle; par contre, l’encierro, ce lâcher matinal de taureaux dans les rues de Pampelune, me semble constituer, pour diverses raisons, un moment très intéressant et exaltant, qui ne tombe pas dans la cruauté de la corrida. Bref. Pour se faire une idée, le mieux est encore de visionner les images captées au matin du 8 juillet 2007.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=WKg3ygKkEYo]

En ce qui concerne Second Life, David Castera avait déjà signalé, il y a quelques jours, les accessoires indispensables à l’amateur de l’encierro, accessoires disponibles dès maintenant, pour un prix très raisonnable. Mais il m’a semblé utile de réaliser un petit guide en quatre étapes, en ajoutant les quelques liens suivants

  • La drawing factory basque Kukuxumusu propose, dans son magasin virtuel, quelques t-shirts gratuits qui se rapportent directement à la fête.
  • Design Gui_on, on en a parlé plus haut, propose une tenue complète avec les indispensables accessoires et de quoi animer votre avatar (pour 5l$). Sans oublier l’arrière fond, histoire de peaufiner l’immersion et de prendre quelques photos.
  • Le site de la Conexion hispana, propose une exposition photographique, qui donne une bonne idée de l’ambiance à Pampelune.
  • Pour finir, Zyngo met à disposition une assez belle salle dont on fait rapidement le tour et qui se trouve tout de même un peu gâchée par quelques machines à sous.

Voilà de quoi passer un bon moment, et participer (un peu) par procuration à la fête. Pour l’année prochaine, je crois qu’il devient indispensable d’implémenter le parcours de l’encierro (Cuesta de Santo Domingo - Plaza del Ayuntamiento- calle Mercaderes - calle Estafeta - Telefónica et Plaza de Toros) dans Second Life, histoire de donner quelques sueurs aux avatars. Sans oublier le taureau virtuel, auquel il ne sera fait aucun mal.



Inventaire inutile

5 06 2007

Un nokia 6131 qui bippe sans cesse, la batterie est déchargée,
Pascal Quignard, Les Ombres errantes,
un agenda Moleskine boursouflé par les petits papiers qui traînent entre certaines pages,
un horaire CFF valable jusqu’au 8 décembre 2007,
l’improbable bulletin 2005 de la Société suisse de philosophie,
dix bandes auto-crochantes noires et blanches, destinées à ordonner les câbles qui gisent sous le bureau,
le rapport, je cite, “à l’Assemblée générale, relatif aux comptes annuels de l’exercice arrêté au 31 décembre 2006″,
Kenneth White, Un monde ouvert, anthologie personnelle,
deux billets de cinéma écornés, pour la séance du 12 mai dernier du film Les fantômes de Goya,
un tiré à part du volume 26 de la revue Mind d’octobre 1917, contenant un article signé François Picavet, “The Mediaeval Doctrines in the Works of Donne and Locke”,
Une figurine rouge et grise représentant IronMan, dont le masque facial se retire, laissant apparaître le visage moustachu de Tony Stark.



Grande surface

30 05 2007

Surface, de Microsoft, la prochaine révolution interfaciale qui s’annonce. Pour mon usage personnelle, je cherche plutôt ce type d’interface, mais implémenté sur une tablette portable. Je suppose qu’il y a des contraintes techniques qui orientent plutôt les choses à se matérialiser sous la forme d’une table basse. En tout cas, la rumeur grandit.
Et il y a dans tout cela un petit air de BumpTop qui n’est pas pour me déplaire.